Stop au développement effréné de data centers pour l’IA
La France est en train de se livrer à une course folle à l’implantation de data centers pour positionner le pays en leader du secteur de l’Intelligence artificielle (IA)
En juillet 2026, la France comptait déjà 354 data centers, et 89 supplémentaires seraient en cours de déploiement.
Et ce n’est qu’un début : une soixantaine de data centers supplémentaires pourraient encore voir le jour, grâce aux sites clés en main que l’État a annoncé vouloir mettre à disposition des industriels pour faciliter le développement de l’IA¹.
Ce déploiement tous azimuts se réalise sans réelle prise en compte de l’impact concret sur les territoires concernés. Il ignore aussi les risques que fait peser la domination des géants du numérique sur nos infrastructures et nos vies privées. Il néglige enfin les besoins énergétiques croissants, pourtant incompatibles avec les objectifs climatiques de la France. Il est urgent de remettre ce développement des data centers en perspective avec une vision politique centrée sur le bien commun.
Un enjeu écologique majeur
Des projets prédateurs à des fins privées, placés sous le signe de la domination des géants du numérique
Les impacts environnementaux du fonctionnement des datacenter sont majeurs sur les écosystèmes et les populations :
- Prédation sur l’électricité : pour fonctionner, les datacenter doivent se raccorder au réseau électrique public. RTE anticipe un triplement de leur consommation d’électricité, ce qui pourrait représenter d’ici à 2035, 4 % de la consommation électrique française (entre 23 et 28 TWh). Cette consommation fragiliserait les réseaux électriques et exposerait les français.es à des risques de black-out et de hausse des prix de l’électricité.
- Prédation sur l’eau : les data centers impactent les ressources en eau pour le refroidissement des serveurs. L’eau est prélevée dans le milieu naturel au détriment d’autres usages. A l’échelle mondiale, on estime que les datacenter ont déjà consommé 4500 milliards de litre d’eau douce en 2025. Ce chiffre devrait doubler d’ici 2030, soit l’équivalent des besoins annuels de 1,3 milliards de personnes
- Prédation foncière : l’installation des datacenter se fait majoritairement sur des terres non artificialisées, parfois sur des terrains agricoles ou naturels. En Île-de-France, la surface nécessaire aux centres de données va être multipliée par cinq et devrait atteindre 250 hectares.
Une dernière problématique concerne sa dimension écocidaire et néo-coloniale, avec des conditions désastreuses de l’extraction des terres rares nécessaires à la construction des infrastructures du numérique. Cette industrie prédatrice s’exerce dans des conditions environnementales et sociales catastrophiques (violation des droits humains, pollution, destruction des écosystèmes).
Un enjeu de santé environnemental
Ce développement effréné s’accompagne de nuisances et de risques pour la santé :
- Pollution : une pollution atmosphérique aux particules fines du fait des génératrices de secours et une pollution potentielle liée aux fuites de fluides frigorigènes, qui relâchent des PFAS dans la nature.
- Incendie : un risque important lié au stockage de batteries au lithium, ainsi qu’à l’augmentation des risques incendies
- Nuisances sonores : un bruit constant, lié au refroidissement des installations et au déclenchement des groupes électrogènes.
- Îlots de chaleur : leur fonctionnement rejette de la chaleur et peut faire grimper la température environnante de plusieurs degrés.
L’enjeu économique
Pour faire avaler la pilule, élus et promoteurs brandissent l’argument économique. Un argument largement insuffisant, qui tente de minimiser l’impact sur nos vies.
- Peu d’emplois générés : un data center en fonctionnement nécessite très peu de personnel. D’autres industries créent en proportion plus d’emplois, mieux alignés avec les besoins des territoires.
- Souveraineté de façade : le fait qu’un data center soit géographiquement localisé en France ne signifie pas qu’on en maîtrise la gestion des données ou les usages réservés de sa puissance de calcul. Les investissements massifs proviennent souvent de fonds extra-européens, avec une mainmise des entreprises de la Big Tech. Résultat : une dépendance technologique accrue, loin de l’indépendance affichée.
- Risque pour la vie privée : selon un rapport parlementaire, de nombreuses données personnelles seront soumises à « l’extraterritorialité du droit ». Elles risquent ainsi d’échapper à la protection des législations française et européenne.
Ensemble, changeons de trajectoire
Loin d’une posture idéologique ou anti-progrès, ce que questionnent aujourd’hui les riverains, associations et collectifs soutenus par GreenVoice, c’est bien l’impensé des conséquences de ce déploiement numérique, et le mythe d’une expansion infinie. A qui profite l’installation de ces data centers, quelle sera leur finalité, qui décide ? Autant de questions que nous devons collectivement nous poser, avant qu’il ne soit trop tard.
Le déploiement des data centers, et plus généralement de l’IA, n’est pas une marche inéluctable du « progrès » qui s’impose à nous : c’est un choix politique de société. Revendiquons notre droit à faire des choix technologiques qui s’inscrivent dans un avenir durable pour nos territoires et de notre société. Refusons que ce développement se fasse au seul profit des géants de la tech et de ses milliardaires.
“De grandes décisions technologiques devraient être l’objet d’un véritable débat de société et choisi en concertation avec celles et ceux qu’elles vont impacter. Or aujourd’hui, non seulement ce débat n’a pas lieu, mais il est de surcroît confisqué par les opérateurs de data center qui refusent de partager les données d’intérêt public nécessaire à la prise de décision.” Data For Good
Soutenir une mobilisation locale
- Chaque signature, chaque mobilisation locale compte. De Valence à Fouju, des personnes se mobilisent pour éviter les dégâts irrémédiables liés aux data centers. Soutenez la pétition locale la plus proche de chez vous en cliquant sur la carte.
Un projet de data center menace près de chez vous ?
Lancez une pétition pour tirer le signal d’alarme, mobiliser les citoyen·nes de votre territoire et interpeller les élu·es. C’est très simple et ça se fait en quelques clics. Vous recevrez les conseils de l’équipe GreenVoice et on vous mettra en relation avec les collectifs qui agissent déjà sur cet enjeu.
Ressources
Partenaires
Mettre la technologie au service de l’intérêt général tout en luttant contre l’hégémonie des schémas de pensée qui l’ont engendrée
FNE Ile-de-France a pour objet de veiller à la sauvegarde de l’environnement et de la qualité de la vie en Île-de-France, notamment par l’aménagement du territoire, l’urbanisme, la protection du patrimoine, des sites naturels et bâtis, de la faune et de la flore ainsi que la lutte contre les pollutions et les nuisances.
Le collectif refuse les dépendances que les infrastructures du numérique façonnent, et entend lutter contre l’envers du « dématérialisé », et reposer la question du numérique à l’endroit.
Terres de Luttes s’oppose à la bétonisation de nos terres, bradées au profit d’extension d’aéroports, d’entrepôts Amazon ou autres centres commerciaux par centaines. L’association soutient les collectifs qui luttent contre ces projets imposés et polluants en France.